11 mai 2011

Les Roquios

Par Dans Rezé, Trentemoult

De tout temps, les Rezéens ont empruntés “le passage d’eau” communément appeler « le Bac » pour relier Nantes à Rezé par la Loire. A bord de frêles embarcations surnommées “Toues” jusqu’à la fin du XIXe siècle puis à l’aide de bateaux à vapeur. Long de 17 mètres et équipé par un moteur à vapeur de 60 chevaux, le « Roquio » fut le premier bateau de la compagnie de navigation de la basse Loire (CNBL) à avoir assuré entre 1887 et 1958 un service de passagers régulier entre Nantes et Trentemoult.

Ce petit bateau, construit à Chantenay, était le premier de la série de huit unités au total mais hormis le premier, tous les autres ont été ensuite construits par les chantiers d’Argenteuil, dans le Val d’Oise. Les autres bateaux portaient le nom de quartiers ou de villes proche de Nantes : Les Couët, Bouguenais, Roche-Maurice, Trentemoult, Chantenay, Rezé et Salorges (qui sera rebaptisé par la suite Pont-Rousseau en 1935)
Ainsi, « prendre le Roquio » devient un terme générique qui finit par désigner l’ensemble des bateaux. Les passagers pouvaient s’installer dans un salon-cabine équipé de bancs en bois vernis ou bien à l’extérieur sur la plage-avant du bateau en plein-air..

L’équipage des Roquios était composé de plusieurs hommes dont le pilote, qui était le patron de l’embarcation, un mécanicien-chauffeur, un matelot qui faisait l’amarrage et l’embarquement, et un pontonnier qui faisait le même travail que le matelot sauf qu’il restait sur le pont et qu’il faisait en plus la billetterie… Jusqu’à 600 personnes par jour ont utilisés le Roquio, dont la plupart étaient des ouvriers qui partaient rejoindre les chantiers-navals Dubigeon ou les brasseries de la Meuse situées sur l’autre rive. C’était alors le moyen le plus rapide pour s’y rendre sans passer par Pirmil. Devenu la propriété des Messageries de l’Ouest vers 1906, et renommé Bac de Trentemoult, les Roquios seront réquisitionnés par le conseil municipal de Rezé en 1931 faute de rentabilité. Sans cette action, beaucoup d’ouvriers auraient eu des difficultés pour se rendre sur leurs lieux de travail à Chantenay ou à la Roche-Maurice…

Géré par la société Finist’mer, spécialiste du transport de passagers en milieu maritime, et exploité par la Semitan, le Navibus est un nouveau mode de transport urbain lancé en juin 2005. Une première vedette, “Le Trentemoult”, relie alors le Port à la gare maritime de Nantes et présente plusieurs similitudes avec ses ancêtres les Roquios. En effet, au siècle dernier, les rotations avaient lieu toutes les 20 minutes et il en est de même pour le Navibus. Quant aux horaires, ils n’ont presque pas changé : premier départ vers 7h et dernier peu avant 20h. L’équipage, lui-même avec plusieurs décennies d’écart, est toujours composé d’un pilote (appelé autrefois le “patron”) et d’un “mousse”. Il n’y a guère que le carburant qui ait changé, le diesel remplaçant le charbon et la vapeur !

Ce service est renforcé en 2006 par un second bateau, “le Chantenay”, une unité flambant-neuve et beaucoup mieux adaptée à ce type de transport qui permis d’offrir aux usagers des fréquences de rotations toutes les 10 minutes aux heures de pointes… Enfin, un troisième navire venu étoffer la flotte début 2008, “l’Île de Nantes” destiné a remplacer “le Trentemoult”, devenu insuffisant en terme de capacité… Quelle que soit l’époque, les usagers des Roquios ne cesseront de se plaindre du manque de ponctualité, du non respect des horaires au ponton, voire de leurs absences… À leur décharge, il faut bien reconnaître qu’assurer des passages à quelques minutes près, avec pour contraintes la marée, les vents, les crues, les croisements des bateaux, le pont transbordeur et sa nacelle, ainsi que l’intense activité du port de Nantes, la navigation ne devait pas être de tout repos…

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